Interview – STANISLAS ZEZE

CEO de Bloomfield Investment Corporation

Le secteurs porteurs et marchés émergents

Vous observez de près les économies africaines depuis plusieurs années. D’après vous, quels signaux actuels révèlent que certains marchés émergents du continent sont à un tournant stratégique...

Je pense qu’aujourd’hui, la mutation géopolitique et géoéconomique en cours dans le monde oblige les pays africains et les marchés émergents à se réinventer et à créer une indépendance financière.

Beaucoup de marchés ont longtemps compté sur les eurobonds et les financements extérieurs. Or, ces sources se restreignent aujourd’hui.

Il devient donc essentiel d’approfondir leur propre marché, notamment en créant de nouveaux instruments financiers adaptés à leurs investisseurs.

Ainsi, le recentrage sur soi-même devient crucial dans un monde en pleine transformation.

Les marchés émergents africains vivent un moment décisif, qui exige de repenser et réinventer la promotion de leurs marchés financiers.

2. Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, du Nord ou du Sud, chaque région avance à son rythme. Quels sont selon vous les marchés les plus porteurs aujourd’hui, et pourquoi ?

Aujourd’hui, l’Afrique australe et l’Afrique du Nord disposent des marchés les plus avancés. L’Afrique de l’Est suit également.

L’Afrique de l’Ouest rattrape son retard mais reste encore derrière ces régions, tout en étant nettement en avance sur l’Afrique centrale.

Ces dernières années, la région a bénéficié de l’évolution de la BRVM, qui affiche des performances records depuis dix ans et a suscité un fort engouement des épargnants.Cependant, il est nécessaire de développer plus d’instruments financiers diversifiés.

Il faut encourager les PME à être cotées en bourse. Même si un compartiment leur est dédié, les critères de cotation ne sont pas adaptés à la typologie des PME locales. Une simplification des critères et la création d’un compartiment obligataire pour PME seraient bénéfiques.

3. Dans un contexte mondial tendu, où les grandes filiales et entreprises cherchent des zones de stabilité et de rendement, que manque-t-il encore à l’Afrique pour devenir un véritable aimant à investisseurs sur du long terme ?

Le retour sur investissement en Afrique est le plus élevé au monde — c’est un fait.

Cependant, les pays doivent créer un environnement sociopolitique plus stable et structurer davantage leurs économies pour améliorer l’attractivité de l’environnement des affaires, notamment au niveau administratif.

Il est essentiel d’assainir le secteur judiciaire, d’améliorer l’efficacité administrative, de renforcer la gouvernance et de mettre en place des systèmes d’équilibre des pouvoirs afin de rassurer les investisseurs.

Il faut aussi renforcer les entreprises locales, car dans la plupart des pays africains, les PME représentent 90 % du tissu économique, mais ne contribuent qu’à 20 % de la richesse créée.

Cette situation fragilise la résilience économique. Une transformation de cette dynamique est indispensable pour que l’Afrique devienne un aimant pour l’investissement local, régional et international.

4. on parle souvent de “secteurs d’avenir”. Si vous deviez en citer 2 ou 3 qui peuvent profondément transformer les économies africaines dans les 10 prochaines années, lesquels retiendriez-vous ? Et pourquoi ?

Je citerais d’abord l’agro-business, pour créer de la valeur sur place grâce à la transformation locale des produits agricoles.

Ensuite, la transformation des produits miniers directement sur le continent, ce qui représente un potentiel majeur de création de richesse.

Enfin, les infrastructures, notamment dans une logique de décentralisation.
Aujourd’hui, beaucoup de pays africains, surtout francophones, concentrent toutes leurs activités dans la capitale.

Une décentralisation économique permettrait de rendre toutes les régions attractives, de valoriser leur potentiel et de le convertir en opportunités économiques concrètes.